Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président,
Mes chers collègues,

Ce projet que vous venez, Monsieur le Préfet, de nous présenter appelle de ma part trois observations.

1ère observation, relative au paragraphe n°3 du rapport de présentation précédemment transmis par Monsieur le Président
Le projet de redécoupage engendre des inégalités entre secteurs urbains et ruraux, à l’intérieur de nombre de nouveaux cantons, et il laisse perdurer les inégalités entre Départements.
Je propose donc que soit employé le terme « écart » dans notre avis, plutôt que celui «d’inégalités» (car le remodelage ne corrige pas les inégalités, mais seulement les écarts).

2ème observation, de caractère général
Sans opposer les collectivités urbaines et rurales, force est de constater que le remodelage, fondé exclusivement sur le critère de la démographie –et en l’absence de pondération en référence au territoire- va donner aux populations urbaines un avantage de représentation.
Je veux souligner, et dénoncer, la contradiction qui en résulte avec la notion de proximité, qui est le marqueur, et aujourd’hui plus que jamais, l’élément majeur qui légitime le Département.
Cette perspective n’échappe pas à nos concitoyens haut-savoyards vivant dans les territoires ruraux et de montagne, et il m’est déjà arrivé d’être témoin, tout récemment, de leurs inquiétudes quant à l’avenir des politiques départementales de péréquation et d’accompagnement sur ces territoires.

3ème observation sur le défunt Canton de Thônes et la nouvelle circonscription
L’une des plus étendues du Département, celle-ci regroupe désormais :

  • l’actuel canton de Faverges,
  • l’actuel canton de Thônes,
  • Entremont, détachée du Canton de Bonneville,
  • 6 communes détachées du Canton d’Annecy-le-Vieux : Talloires, Veyrier du Lac, Menthon Saint Bernard, Bluffy, Alex, Dingy Saint-Clair.


Le Canton de Thônes est doté non seulement d’une forte identité, mais aussi d’une remarquable densité d’activités :
- économiques : agriculture, artisanat, commerce, tourisme, industrie, services…
- publiques et semi-publiques : Régie d’Electricité des Vallées de Thônes, Etablissement d'Hébergement pour les Personnes Agées Dépendantes, sociétés gestionnaires des Remontées Mécaniques, aux côtés des communes et de la Communauté de Communes des Vallées de Thônes…

Ce foisonnement a nécessité la mise à bon niveau, à l’échelle du Canton, de services de l’Etat : trésor public, gendarmerie, service postal,… tenant compte aussi d’une population saisonnière de quelques 50 000 résidents aux côtés des 14 000 habitants permanents.
Nous devons obtenir l’engagement de l’Etat que l’effacement de la circonscription cantonale de Thônes ne conduise pas à un appauvrissement de ces services. Cette question est fondamentale pour l’avenir du territoire concerné.

Enfin, sur la dénomination du nouveau canton, je vais vous donner lecture de la lettre que m’a adressée Monsieur le Maire de Thônes :

« En tant que Maire de Thônes, je ne peux que m’insurger contre la dénomination envisagée par Monsieur le Préfet dans le cadre de la nouvelle organisation des cantons. Si le périmètre du nouveau canton m’apparaît, somme toute, assez logique, de même que l’instauration du système de la parité pour les représentants du Conseil Général, par contre le choix du seul nom de Faverges comme chef lieu du nouveau canton m’apparaît inadmissible. Car cela entrainerait la disparition du nom du canton de Thônes. Je ne revendique pas le nom de Thônes pour désigner le nouveau canton mais une appellation dont les horizons peuvent concerner les trois Communautés de Communes Pays de Faverges, Vallées de Thônes et Communauté de communes de la Tournette : « canton de Thônes- Faverges » ou « canton Tournette – Aravis. »

Cette dernière dénomination « Tournette – Aravis » me parait opportune en ce qu’elle constitue une sorte de dénominateur commun aux Communes et Communautés de Communes concernées par ce nouveau canton.


Monsieur le Préfet,
La journée que nous vivons, et les perspectives ouvertes par ce projet de redécoupage cantonal me font penser à cette phrase que les gladiateurs adressaient à César en entrant dans l’arène, et que beaucoup d’entre nous Conseillers Généraux pourraient aujourd’hui prononcer : « AVE CAESAR, MORITURI TE SALUTANT » !